The Digital Space Never Forgets: Amnesty International Reports on "Die Summe meiner Daten"

In issue N°404-405 of La Chronique, Magazine for Investigation and Coverage by Amnesty International France, Jean Stern reports on how The Sum of My Data points out the risks and societal challenges of digitization by providing an insight into the current exhibition Elias Wessel : La somme de mes données at Palais Beauharnais Paris. Below is the original article in French.

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La Chronique, Magazine for Investigation and Coverage by Amnesty International France. Issue N°405, Jul/Aug. 2020 (image courtesy La Chronique and Amnesty International, 2020)

 

« L’espace numérique n’oublie jamais »

Avec « La somme de mes données », l’artiste Elias Wessel interprète les traces physiques que nous laissons sur nos smartphones. Son œuvre pointe les dangers du contrôle par le numérique de la société.

C’est un acte physique, d’une grande banalité aujourd’hui, que de surfer sur l’écran tactile d’un téléphone pour parler, écrire, partager, s’informer, travailler, consommer. Des centaines de fois chaque jour, nous laissons des traces de doigts sur nos smartphones. Rendre l’invisible déchirant, l’imperceptible saisissant, s’interroger sur des addictions numériques souvent quasi-obsessionnelles afin d’y déceler les empreintes autrement profondes qu’elles laissent... Telle est la démarche d’Elias Wessel, artiste qui vit entre l’Allemagne et New York.

Dans trois séries d’œuvres photographiques ressemblant à de la peinture, et regroupées sous le titre générique « La somme de mes données », l’artiste interprète visuellement, la transformation humaine en cours induite par l’usage massif de ces smartphones dont sont équipés 3,8 milliards d’individus sur la planète, soit la moitié de l’humanité. Pratiquant ce qu’il qualifie, dans un entretien avec La Chronique - réalisé en numérique, confinement oblige - de « dialogue sur les défis sociétaux liés à la numérisation », Elias Wessel a travaillé à partir de notre gestuelle sur les téléphones. « Après tout, en latin, digitus signifie doigt et digitalis appartenant au doigt. Les premières opérations de calcul et de quantifcation, et donc les premiers pas sur le chemin de l’ordinateur, ont été e ectués en comptant avec les doigts ».

Ce projet d’Elias Wessel, décliné en 52 œuvres en noir et blanc et en couleurs, sur différents formats, a commencé en 2015. « Il vient de ma frustration du manque de compréhension des risques et des défis sociétaux que représente la numérisation. J’ai le sentiment profond que quelque chose de fondamental doit changer pour protéger la planète ou le monde ou l’humanité ». Wessel est alors secoué par le scandale Cambridge Analytica. Ce n’est un secret pour personne que, par le biais de cette entreprise britannique, des données personelles de millions d’utilisateurs de Facebook ont été utilisées pendant la campagne présidentielle américaine en 2016 ou le vote sur le Brexit, et cela n’a pas semblé déranger grand monde. « En travaillant sur ce projet, j’ai pensé que je devais répondre dans un langage visuel à la tension entre fascination, émerveillement et anxiété générée par le développement technologique et son impact sur l’apparence sociétale et politique de notre temps ».

Interprétation abstraite de gestes concrets

Pour créer ce « langage visuel », il part des écrans des smartphones et des tablettes. « Ils marquent une frontière entre l’espace numérique et l’espace tangible, explique l’artiste. Les traces, marques et empreintes digitales résultant de l’utilisation quotidienne d’appareils numériques à écran tactile nous permettent d’analyser les activités ou l’état de santé d’un individu. Souvent, nous les utilisons sans penser que nos traces laissées sur le World Wide Web sont accessibles et utilisables par d’autres. En différenciant l’espace virtuel et réel, nos données numériques semblent disparaître, comme si notre empreinte numérique - de la même manière que sur la surface vitrée de notre écran tactile - était bientôt effacée et devenait invisible. Mais l’espace numérique n’oublie jamais ».

 

 

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